Petite histoire du crowdfunding en France

Edith Piaf chantait déjà en 1957 la foule « qui nous traîne et nous entraîne ». C’est cette force impérieuse, irrésistible qu’internet a permis de canaliser, de mobiliser pour donner corps à des projets, via le crowdfunding.

 

Il est aujourd’hui largement reconnu que, si l’individu seul ne dispose que d’une perception très parcellaire de son environnement – qui limite donc sa capacité d’agir- la foule, elle, agrégat de petites intelligences disparates, peut, si elle est correctement aguillée, produire une intelligence collective, démultipliant les chances de parvenir à un résultat probant.

 

Ainsi, plutôt que de se fier uniquement à des instituts bancaires, des investisseurs individuels, à un mécène passionné ou à leur propre épargne, des milliers de porteurs de projets dans le monde entier décident aujourd’hui de faire travailler pour eux cette intelligence collective – en offrant diverses contreparties à ses membres.

 

Mais comment est né, et comment a évolué ce processus qui s’est imposé dans tous les domaines sous le nom de crowdfunding ? Comment est-on passé de simples collectes de fond au XIXe siècle à un financement participatif immobilier comme celui proposé par la plateforme Homunity ?

 

Aux origines du crowdfunding : les souscriptions privées

Si ce phénomène ne peut se réduire aux plateformes numériques aujourd’hui pléthoriques, il n’en est pas moins soumis à certains critères, conditions sine qua none de sa qualité collaborative.

 

Ainsi sont exclus des origines du crowdfunding toutes les formes de financements individuels, mais celles qui n’ont pas de but lucratif.

 

De célébrissimes mécènes comme les Médicis florentins ne sont donc pas à l’origine du crowdfunding, pas plus que les nombreux business angels américains chargés de combler l’« equity gap » ce trou dans les financements entre 100 000$ et 2 millions que le législateur américain a cherché à combler à la fin des années cinquante.

 

En revanche, l’appel à des microdons de Joseph Pultizer pour financer la Statue de la Liberté, érigée en 1886, et ayant réuni 120 000 souscripteurs pour une somme finale de 400 000 francs peut tout à fait être considéré comme précurseur du crowdfunding.

 

Toutefois, cette méthode, complexe à mettre en place avec les moyens de communication antérieurs à l’avènement d’internet, ne prendra son essor qu’avec la mise en réseau des ordinateurs personnels.

 

Internet, tremplin du financement participatif

 

Internet, dans sa logique même, dans son fonctionnement historique et naturel, possède consubstantiellement toutes les qualités nécessaires au développement du crowdfunding.

 

Le réseau des réseaux proposepropose ainsi, dès sa construction de désintermédier les relations entre les utilisateurs, en d’autres termes, de leur permettre de se rencontrer sans l’aide d’un tiers.

 

Si l’est un lieu où cette logique règne en maître, ce sont les réseaux sociaux. Découvrez ceux qu’il faudra connaître demain via ce lien.

 

C’est la logique qui prévaudra dans les premières années, où les pionniers de l’internet se sont farouchement battu pour promouvoir une logique d’open source, basée sur les relations interpersonnelles et non sur l’action de grandes institutions.

 

C’est aussi la source de l’échange peer-to-peer, qui, sur un modèle similaire à celui de crowdfunding, permet d’utiliser les puissances de calculs de milliers de machines personnelles, de mutualiser l’effort afin de partager des fichiers lourds à grande vitesse et en toute sécurité.

 

De l’aide au développement à l’immobilier : un système pluriel

 

C’est donc tout naturellement, par le truchement des volontés individuelles et de plateformes de médiation, que le financement participatif s’est rapidement développé pour donner lieu à une réalité multiple.

 

Jetez un œil aux trois grandes formes de financement collaboratif grâce à cette petite pastille crée par Arte.

 

La première plateforme de crowdfunding répertoriée est ainsi Kiva, qui se proposait de récolter des dons au bénéfice de pays en voie de développement pour faire parvenir des microfinancements à des écoles.

 

Ce sont ensuite développés sites de financement musical (SellaBand, My Major Compagny), de projets variés (Kickstarter, Indiegogo, Kisskissbankbank) ou encore de projets immobiliers (Homunity).

 

Ces formes variées sont néanmoins unies à travers un facteur commun : la réussite. Et avec une croissance de 167% en 2014, pour 16,2 milliards collectés, ce n’est pas près de s’arrêter : rien qu’en France, en 2015, le crowdfunding a permis de mobiliser 297 millions d’euros.